
Dissociation après un traumatisme : pourquoi je me sens absent de moi-même

Anne-Françoise PIACENTINI
Psychopraticien · SAINT MARCELLIN
Se sentir spectateur de sa propre vie : qu'est-ce qui se passe ?
Vous regardez vos mains comme si elles ne vous appartenaient pas. Vous traversez vos journées dans une sorte de brume, comme derrière une vitre. Vous vous entendez parler, mais votre voix semble venir de loin. Si ces sensations vous parlent, vous n'êtes pas seul·e — et vous n'êtes pas en train de « devenir fou ».
Ce que vous décrivez s'appelle la dissociation. C'est une réponse que le cerveau peut produire face à une expérience perçue comme trop intense ou trop menaçante pour être intégrée d'un seul coup. On observe ce phénomène fréquemment après des événements difficiles : accident, deuil brutal, violence, ou toute situation qui a dépassé les ressources disponibles à ce moment-là.
Ce que les personnes concernées décrivent souvent
- Une impression d'irréalité : le monde autour paraît flou, artificiel, comme dans un rêve
- Un sentiment d'étrangeté à soi-même : ne pas se reconnaître dans le miroir, ne plus ressentir ses émotions
- Des trous de mémoire sur certaines périodes ou certains détails de l'événement
- Une fatigue inexpliquée, comme si maintenir le contact avec la réalité demandait un effort constant
Ces expériences portent des noms : la dépersonnalisation (se sentir étranger à soi) et la déréalisation (sentir le monde extérieur comme irréel). Les reconnaître ne règle pas tout — mais mettre des mots sur ce que l'on vit, c'est déjà un premier pas vers quelque chose de plus solide.
« Ce n'est pas parce que vous ne ressentez plus rien que vous avez cessé d'exister. Parfois, ne plus ressentir est la façon qu'a trouvé votre psychisme pour vous protéger. »
Nous accompagnons régulièrement des personnes qui vivent exactement cela — et qui, au fil du temps, retrouvent un lien plus apaisé avec elles-mêmes.
Revenir à soi : un exercice pour renouer avec le présent
Quand la dissociation s'installe, le corps peut devenir une ancre précieuse. Non pas pour forcer les émotions à remonter, mais pour rappeler doucement au système nerveux qu'il y a un « ici » et un « maintenant ».
Voici un exercice simple que certaines personnes trouvent utile pour se réancrer dans l'instant présent. Il ne remplace pas un accompagnement professionnel, mais peut apporter un soulagement momentané.
L'exercice des 5 sens (méthode 5-4-3-2-1)
- Installez-vous assis, les deux pieds bien à plat sur le sol. Sentez le contact de vos pieds avec le sol pendant 5 secondes.
- Nommez 5 choses que vous voyez autour de vous — aussi précisément que possible (« un stylo bleu posé à gauche de mon clavier »).
- Nommez 4 choses que vous pouvez toucher. Posez votre main sur chacune, 3 secondes par contact.
- Nommez 3 sons que vous entendez en ce moment, même les plus discrets.
- Nommez 2 odeurs — ou approchez quelque chose de parfumé (une tasse de thé, une main crémée).
- Nommez 1 goût présent dans votre bouche.
Prenez ensuite 3 respirations lentes : inspirez 4 secondes, expirez 6 secondes.
Pourquoi cet exercice peut aider
En mobilisant les sens un à un, on sollicite des voies sensorielles concrètes qui court-circuitent momentanément l'état de flottement. Ce n'est pas une solution, mais un point d'appui. Certaines personnes décrivent une légère sensation de retour au sol après quelques minutes de pratique.
Nous vous encourageons à noter, si vous le souhaitez, comment vous vous sentez avant et après — sans jugement, juste par curiosité pour vous-même.
Quand consulter un professionnel pour la dissociation ?
La dissociation passagère, dans les heures ou les jours qui suivent un choc, est une réponse que beaucoup de gens traversent. Mais lorsqu'elle persiste, s'intensifie ou interfère avec la vie quotidienne, il est important de ne pas rester seul·e avec cela.
Quelques signaux qui méritent une attention professionnelle
- Vous vous sentez absent·e de vous-même depuis plusieurs semaines
- Vous avez du mal à vous souvenir de pans entiers de votre journée ou de votre passé
- Des images ou sensations liées à l'événement reviennent de façon intrusive
- Vous évitez certains lieux, personnes ou situations pour ne pas être rappelé·e à ce qui s'est passé
- Votre entourage remarque que vous « n'êtes plus là » ou que vous avez changé
Ces expériences ne sont pas un signe de faiblesse. Elles indiquent simplement que quelque chose n'a pas encore pu être intégré — et qu'un espace sécurisé, avec un professionnel formé, peut faire une vraie différence.
Ce que nous proposons à Saint-Marcellin
En tant que psychopraticien spécialisée dans la gestion des traumatismes, Anne-Françoise PIACENTINI vous accueille dans un cadre bienveillant et confidentiel. Nous vous accompagnons à votre rythme, sans jamais brusquer, en adaptant l'approche à ce que vous vivez réellement.
Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire, prendre rendez-vous est déjà un acte de soin envers vous-même. Vous n'avez pas à tout comprendre avant de venir — venir, c'est déjà commencer.


